La question des manuels scolaires

Chaque année, au moins deux fois par an, la question des manuels scolaires fait irruption dans le quotidien du professeur documentaliste. Toutes les situations sont alors possibles selon l'organisation mise en place dans l'établissement...

De l'invivable à l'équilibre

Cela va du "on vous confie la tâche de A à Z" - au grand mépris des textes officiels et de l'intérêt général - dans une ambiance parfois conflictuelle et même avec du harcèlement à la clé dans les cas les plus extrêmes, jusqu'aux situations satisfaisantes qui voient une répartition équilibrée des tâches entre les différents personnels.

 

Par tradition ou habitude ou paresse, on évite ou on refuse de réfléchir à des fonctionnements collaboratifs et donc on désigne comme unique responsable le professeur documentaliste en brandissant parfois sa prétendue compétence toute particulière s'agissant de livres (!).

 

Une note circulaire académique

Il y a une bonne dizaine d'années, en 2004 pour être précis, une note circulaire académique(1) signée des trois IA-IPR EVS était envoyée dans les établissements : elle rappelait les règles de gestion collégiale de la distribution et de la collecte des manuels scolaires et faisait ressortir les respon-sabilités de chaque service ou personnel dans cette opération. Cette note circulaire rappelait simplement le sens des textes officiels concernant la gestion des manuels scolaires.

 

Vers une répartition des tâches

Des formes d'organisation existent où chacun, conscient de ses responsabilités et soucieux d'effectuer un travail collectif au service de l'intérêt général, apporte sa compétence et sa bonne volonté. Force est de constater que la situation a atteint dans quelques établissements un point de blocage que nous déplorons mais ne saurions accepter.

S'il n'est pas question de refuser de participer à cette opération à la hauteur des "compétences techniques" mentionnées dans les textes officiels et repris par la circulaire de 2004, les professeurs documentalistes ne sauraient pour autant être les seuls à gérer l'ensemble de l'opération. Rappelons qu'en fin d'année, les tâches qui leur incombent sont légion :  désherbage, inventaire des fonds, assaini-ssement de la base documentaire, bilan de l'année écoulée, préparation des projets pour l'année suivante, rédaction des bilans et projets, participation aux différentes réunions dans l'établissement... pour n'en citer que quelques-unes.

 

Arguments en stock

Faire évoluer la situation dans son établissement peut prendre du temps lorsque les préconisations officielles sont reléguées au placard. Voici quelques arguments pour celles et ceux qui doivent encore "négocier".

  • Ne pas hésiter à montrer les textes officiels aux personnes concernées,
  • fournir et expliciter les exemples d'organi-sation existants,
  • travailler à une répartition des tâches satisfaisante, adaptée, négociée, écrite noir sur blanc et clairement présentée, et chercher l'adhésion,
  • arguer du fait que c'est dommageable pour l'établissement que tout repose sur les épaules d'une seule personne qui pourrait être absente le jour J ou même pendant plusieurs jours,

 

 Photo d'Elvire.R. (Flickr)
Photo d'Elvire.R. (Flickr)

important (gérer les 26 élèves d'une classe est faisable tandis que gérer les 600 ou 1000 élèves de l'établissement relève de l'absurde, par exemple),

  • lister toutes les tâches de fin d'année qui ne pourront être menées alors qu'elles sont importantes et montrer les conséquences de ce travail non fait,
  • montrer que le CDI est un espace commun de travail jusqu'à la fin de l'année pour les élèves et pour les personnels (et pour vous !), et que par conséquent les manuels ne sauraient y être stockés,
  • rappeler que nous ne sommes PAS responsables des manuels scolaires (et d'ailleurs nous n'en gérons pas le budget, nous ne les choisissons pas, etc.),
  • démontrer que l'on ne peut PAS concrètement tout faire soi-même puisqu'on n'est pas aux postes clés (le secrétariat pour les exeats et le filtrage lors des réinscriptions, l'intendance pour le suivi des facturations et le retour des manuels en retard, la vie scolaire pour le suivi des élèves, le professeur principal pour l'autorité sur ses élèves, par exemple),
  • montrer l'impact financier pour l'établissement d'une organisation fonctionnant mal (le suivi des facturations, par exemple),
  • faire valoir qu'une organisation collaborative et rigoureuse est un signe positif envoyé aux élèves (et que l'inverse est tout aussi vrai),
  • faire des bilans écrits mettant en avant les points positifs s'il y en a et les dysfonction-nements constatés, leurs conséquences, et proposant des améliorations.

Et la fois suivante, recommencer, sans oublier de rappeler tout cela au cours de l'année. Ne pas lâcher prise, montrer sa détermination sur la durée.

 

Pour une (re)connaissance de notre métier

Nous souhaitons renvoyer au Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation (BOEN n° 30 du 25 juillet 2013 ) et rappeler que notre rôle pédagogique est essentiel pour former les élèves à une culture de l'information que nombre de grandes institutions appellent de leurs vœux. Rappeler aussi que la mise en cohérence globale du centre de documentation, de ses fonds et de ses espaces a du sens, est importante et nécessaire, est un acte pédagogique.

 

Sortir de cette querelle stérile des manuels scolaires par une collaboration sereine, comme le demande l'institution, témoignerait d'une véritable (re) connaissance de notre métier. Il faut que cesse le mépris pour nos missions, à l'heure où nous souhaitons plus que jamais faire valoir  dans nos établissements la richesse de nos compétences et plus spécifiquement la dimension pédagogique de notre travail.

 

 



(1) Cette note est disponible sur le site académique à l'adresse suivante : https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2014-06/note_circul_gestion_des_manuels-2.pdf


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